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Alors qu’une nouvelle vague de chaleur frappe le pays, la CGT alerte sur l’extrême gravité de la situation pour des millions de travailleuses et de travailleurs.

​Les épisodes caniculaires se multiplient, s’intensifient et se développent désormais de plus en plus tôt sous l’effet du réchauffement climatique. Pourtant, les réponses gouvernementales et patronales demeurent largement en deçà des enjeux. La CGT rappelle qu’au moins 3,6 millions de salarié·es travaillent à l’extérieur et sont directement exposé·es aux fortes chaleurs. Plus largement, près de 40% des salarié·es sont exposé·es à au moins une contrainte physique intense, qui peut être aggravée par les températures extrêmes, au-delà de 28 °C en cas d’activité physique, et de 30°C pour les activités sédentaires, selon l’Institut National de Recherche sur la Santé au Travail.

Derrière ces chiffres, il y a des organismes éprouvés et des vies mises en danger. C’est le cas de Daniel, un jeune travailleur de 19 ans décédé d’une hyperthermie le 26 mai dernier dans la Drôme après avoir passé la journée à travailler sur un toit. Ce drame n’est pas une fatalité. Il est la conséquence directe d’un manque d’anticipation et d’une réglementation insuffisante face à une réalité pourtant connue de tou·s·tes.

Quelles sont les règles au travail en cas de fortes chaleurs ?

Pour réduire les risques liés à la chaleur, l’employeur doit notamment :

  • mettre en place des procédés de travail réduisant ou supprimant l’exposition à la chaleur (dispositifs filtrant ou occultant, ventilateurs, brumisateurs…) ;
  • aménager les lieux et postes de travail ;
  • adapter les horaires de travail afin de limiter la durée et l’intensité de l’exposition et de prévoir des périodes de repos ;
  • augmenter l’eau potable fraîche mise à disposition des travailleurs (en cas d’absence d’eau courante, il faut prévoir au moins 3L d’eau par salarié·e par jour) ;
  • fournir des équipements de protection individuelle permettant de limiter ou de compenser les effets des fortes températures ou de se protéger des effets des rayonnements solaires ;
  • mettre en place un protocole de secours pour les salarié·es qui travaillent seul·es.

⚠️ Un décret gouvernemental inefficace et sans portée réelle

Le décret « fortes chaleurs » promulgué l’an dernier laisse perdurer l’essentiel des failles qui exposent les salarié·es aux risques les plus graves. Il ne fait référence à aucune norme chiffrée de température en fonction des situations de travail et ne renforce pas le droit d’alerte ni le droit de retrait, notamment en cas de dépassement de certains seuils.

Derrière les opérations de communication du gouvernement, le décret n°2025-482 du 25 mai 2025 impose ces quelques mesures aux employeurs, mais sans répondre aux urgences :

  • Aucune température maximale de travail définie,
  • ❌ Aucun renforcement du droit de retrait,
  • ❌ Aucune interdiction explicite de faire travailler dans des locaux à 40°C l’été ou 12°C l’hiver.

Le gouvernement élargit la notion de “température convenable”, mais sans la définir. Il crée un nouveau chapitre sur les fortes chaleurs, mais ne l’active qu’en cas d’alerte jaune ou orange de Météo France, ignorant que les accidents surviennent aussi en vigilance verte, notamment en fonction de la chaleur dans les bâtiments où l’on travaille (bureaux, ateliers, usines, etc)

🧱 Des mesures au bon vouloir de l’employeur

Le décret ne prévoit d’action qu’à condition que l’employeur reconnaisse lui-même l’existence d’un risque. Tant que ça n’est pas le cas, rien ne s’impose. La prévention, pourtant élémentaire (eau fraîche, pause, aménagement horaire), n’est toujours pas systématisée.

🧱 Une sous-déclaration chronique des accidents du travail

La CGT alerte sur les pressions économiques dans le BTP, la sous-traitance et bien d’autres secteurs, qui freinent la reconnaissance des accidents du travail et rendent invisibles des risques pourtant bien réels.

Selon la Direction Générale du Travail, seulement un tiers des CSE ont mené une enquête après un accident grave : ce chiffre est inacceptable.

👷‍♀️ Travailler plus vieux… sous 40°C ?

La réforme des retraites vient aggraver la situation : travailler au-delà de 60 ans dans des conditions de plus en plus éprouvantes devient une perspective insoutenable pour de nombreux

🏗️ Dans le BTP, un premier pas… insuffisant

En 2024, les mesures de chômage intempéries ont été élargies aux fortes chaleurs dans le BTP. Une avancée… mais qui entraîne une perte de revenu contrairement au droit de retrait, qui impose le maintien du salaire. Et dans bien des TPE ou entreprises sans représentants du personnel, ce droit reste méconnu ou non exercé.

La CGT rappelle que le droit de retrait (Code du travail L.4132-1) permet de se mettre à l’abri : se mettre à l’ombre, aller boire, rentrer au dépôt… tout en restant à disposition de l’employeur.

​​L’INRS juge dangereux un travail physique au-delà de 28°C et sédentaire au-delà de 30°C

Ces mesures doivent être renforcées pour les salariés vulnérables du fait de leur âge ou de leur état de santé. À noter que si le décret ne définit pas ce qu’il nomme une « température adaptée compte tenu de l’activité des travailleurs et de l’environnement dans lequel ils évoluent », il existe des recommandations officielles en la matière.

L’Organisation Mondiale de la Santé vient en effet la fixer entre 16 et 24°C et l’Institut National des Risques professionnels (INRS) juge dangereux un travail physique au-delà de 28°C et sédentaire au-delà de 30°C.

🧰 Ce que peuvent faire les salarié·es dès maintenant :

  • 📝 Faire un écrit décrivant les effets de la chaleur et le transmettre à l’employeur et à l’inspection du travail ;
  • 👩‍⚕️ Demander une visite au médecin du travail, qui peut formuler des préconisations officielles.

❌ L’inspection du travail toujours sans pouvoirs renforcés

Malgré les alertes des DREETS, le gouvernement refuse de doter les inspecteurs de leviers efficaces :

  • Aucun droit d’arrêt immédiat des travaux,
  • Une simple mise en demeure avant verbalisation, avec 8 jours de délai pour l’employeur,
  • En cas de recours, tout est suspendu. Et l’absence de réponse de la DREETS vaut annulation implicite.

✅ Les revendications concrètes de la CGT

Pour garantir une réelle protection, la CGT exige :

  • 📉 Une réduction des rythmes de travail en cas de forte chaleur ;
  • ⏸️ Une augmentation des temps de pause rémunérés dès 25°C ;
  • 🛑 L’extension du chômage intempéries pour chaleur à tous les secteurs ;
  • 🛡️ Le maintien et renforcement du droit de retrait, sans sanction possible sans l’avis de l’inspection du travail ;
  • 🕵️ Des enquêtes systématiques après les malaises ou accidents liés à la chaleur ;
  • 📋 Un rappel obligatoire par le ministère du travail sur le rôle du CSE / CSSCT après un accident grave.
  • Le renforcement des moyens de la médecine du travail et de l’inspection du travail, particulièrement en matière d’effectifs.

Pour faire face au défi structurel du réchauffement climatique, la CGT revendique notamment :

  • ​Le rétablissement des comités d’hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ;
  • ​Le déclenchement de mesures adaptées en fonction des situations de travail, notamment la fixation de températures maximum, reprenant les repères de l’INRS (28 degrés pour les métiers physiques et 30 degrés pour les métiers sédentaires)
  • Un plan massif d’investissement pour les services publics qui étouffent dans des bâtiments vétustes et mal isolés (écoles, Ephads, hôpitaux…) ;
  • ​La prise en compte réelle du risque « fortes chaleurs » dans le DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels, trop souvent non rempli ou non genré par l’employeur) et le renforcement des acteur·ices de la prévention et du contrôle en matière de conditions de travail (médecine et inspection du travail notamment).

📢 La bataille doit continuer

Le gouvernement ne peut pas continuer à ignorer la réalité du travail. Ce dossier ne doit pas être enterré dès que la canicule s’estompe. Il est temps de faire évoluer en profondeur le Code du travail, pour adapter la protection des salarié·es à la nouvelle donne climatique

Le gouvernement continue de traiter les canicules comme des événements exceptionnels alors qu’elles sont désormais une réalité récurrente du monde du travail. Les accidents liés à la chaleur, parfois mortels, sont le symptôme d’une politique de prévention insuffisante.

C’est pourquoi la CGT demande la convocation immédiate d’une table ronde de l’ensemble des organisations syndicales au Ministère du Travail, afin d’engager des discussions sur les mesures nécessaires pour protéger les salarié·es face aux fortes chaleurs.

La santé des travailleuses et des travailleurs ne peut plus attendre. Chaque épisode caniculaire rappelle l’urgence d’agir. Les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités et construire, avec les organisations syndicales, un véritable plan national de prévention et de protection contre les risques liés à la chaleur au travail, en extérieur comme en intérieur. La CGT ne laissera pas s’installer l’idée que risquer sa santé ou sa vie pour travailler serait le prix à payer du réchauffement climatique !